Les dessous de Poweo-Direct Energie

Depuis 2007, date d’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence, Poweo-Direct Energie, fournisseur d’énergie électrique achète à EDF de l’électricité revendue ensuite à environ 1 million de clients, dont 83 % de particuliers. Face aux pertes subies par le premier fournisseur alternatif, une solution est apparue nécessaire pour compenser le déficit financier enregistré, à savoir la signature, révélée par le journal Mediapart, d’un contrat de services avec ERDF (filiale d’EDF) transmis le 25 juillet dernier à la Commission de Régulation de l’Energie, portant sur la gestion de clientèle.

Poweo-Direct Energie ne travaillera pas gratuitement pour ERDF

Les requêtes formulées par Poweo-Direct Energie sont claires. En premier lieu elles concernent la prise en charge des frais de gestion de clientèle que le fournisseur voudrait déléguer à ERDF, arguant que la gestion administrative du TURPE (Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Electricité), élément entrant en compte dans le prix de l’électricité et représentant 90 % des recettes d’ERDF devrait logiquement, selon Poweo-Direct Energie, être rémunérée en conséquence.

Le fournisseur alternatif poursuit avec la demande de remboursement de l’ensemble des frais de « gestion relation clientèle » regroupant traitement des courriers, règlements et rejets de paiements. A l’appui de ses exigences, le groupe allègue que le coût de sa gestion clientèle dépasse celui du fournisseur historique EDF doté d’une clientèle plus importante, le plaçant en position concurrentielle défavorable et incompatible avec l’idéologie du mouvement européen de libéralisation de la fourniture énergétique.

Les conséquences d’une rébellion amorcée

La réaction d’ERDF ne s’est pas fait attendre, mue par le sentiment de ne pas avoir à payer pour des sommes non encaissées, à ne pas devoir compenser les difficultés financières de Poweo-Direct Energie et par l’idée de devoir supporter les conséquences induites par l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie.

La CRE souligne également l’aspect non fondé des demandes de Poweo-Direct Energie en précisant que le contrat proposé par le groupe pourrait faire jurisprudence auprès d’autres fournisseurs alternatifs et que Poweo-Direct Energie pourrait parfaitement répercuter ses frais de fonctionnement sur les tarifs de sa fourniture. A ce titre, la CRE prévoit d’examiner au moment de la fixation des prochains tarifs ce que recouvre les montants facturés à ERDF, au risque d’en faire payer la facture aux consommateurs.

Car ce sera vraisemblablement aux ménages de pallier au refus d’ERDF d’accéder aux requêtes de Poweo-Direct Energie et de supporter le surcoût énergétique estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros, selon les experts de la CRE en 2009. L’évaluation du nouveau TURPE est l’occasion de chiffrer le coût de gestion des dossiers des usagers et de distinguer les contrats gérés par ERDF estimés à 30 € par an et ceux directement gérés par le fournisseur s’élevant à 8 €. La différence de 22 € représentant le montant estimatif des frais de gestion clientèle.

Si ces chiffres ne restent qu’une estimation par suite de l’inconnue représentée par le barème appliqué pour la rémunération de ce type de service, ils donne cependant une idée de l’ampleur des sommes en jeu.

Il semblerait que l’ouverture du marché électrique en 2007, en abolissant le monopole d’ERDF ait avivé des tensions entre le fournisseur historique et les nouveaux venus sur le secteur de la fourniture électrique. Le CoRDIS, organisme chargé de régler les conflits en ce domaine aura la tâche ardue.

On retiendra de cette affaire l’impact de discrètes guerres intestines dont seul, au final, le consommateur fera les frais.

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